TÉMOIGNAGES

Solinas, Jess

Devenir membre de l’ADSMQ a été pour moi un apprentissage vers la résilience, un pas à la fois.  L’ouïe a toujours tenu une place importante dans ma vie. J’aime les partages d’idées, les conversations plus « sérieuses ».  Sur le plan social, les rencontres familiales, festives ou professionnelles étaient pour moi un vrai plaisir.  Comme amateur de musique, essayer de distinguer par l’écoute d’une pièce musicale (classique, jazz) les différents instruments et les arrangements musicaux sont un loisir très agréable.

 

Or, le deuil qu’a engendré la perte progressive et constante de l’audition a eu l’effet de limiter petit à petit l’accès à ces réalités que j’aime.  Simultanément, une sorte de barrière d’isolement s’élevait.  Je me sentais de plus en plus seul.  Accepté avec fatalité le deuil engendré ou y voir une occasion positive de plus de vie était (et est toujours) devenu un enjeu important pour moi.  Avec ce handicap, je me suis trouvé devant un combat, un choix : la fatalité ou la résilience. Tomber d’une échelle qui se brise cause des blessures. Je peux rester par terre ou découvrir, créer des solutions pour me relever.

 

Je portais déjà des prothèses auditives avant de découvrir l’ADSMQ.  Mais c’était insuffisant, car mes limites psychologiques, sociales et de communication ne pouvait pas être repoussées uniquement par mes appareils.   C’est ici qu’intervient l’ADSMQ.  Mon premier contact fut simple et chaleureux.  Valérie et Chloé m’ont reçu avec un accueil authentique.  Ça m’a donné le goût d’en connaître davantage.

 

Au début, j’ai profité de certaines activités offertes qui m’ont aidé à prendre en charge mon handicap pour être plus autonome : lecture labiale, technologies complémentaires (TV, téléphone, Bluetooth).  Des conférences, des café-rencontres, des repas festifs occasionnels m’ont également aidé à sortir d’un certain isolement.  Jusque-là, j’ai profité et je profite toujours du soutien de l’ADSMQ.  Une chose importante qu’il m’a été donnée d’apprendre sont les consignes de communication avec les proches, mes amis, ma famille. La confiance en moi a grandi car je dois expliquer aux autres comment faire lorsqu’ils me parlent pour qu’ils puissent se réajuster.

 

Puis, un jour on m’a demandé si j’accepterais de participer à une rencontre pour trouver des idées de thèmes pour des capsules vidéo à placer sur le site web de l’Association. C’était le début de mon engagement et ça ne s’est pas arrêté là! D’autres engagements sont venus enrichir mon implication. Le dernier en date est celui du mentorat.  Une très belle initiative pour un accompagnement un à un de la personne malentendante vers l’autonomie.

 

Mon père disait souvent ‘’une main lave l’autre’’.  Une façon de dire ‘’donne à ceux qui t’ont donné’’.  C’est comme ça que je vis ma participation à l’ADSMQ, je reçois, je donne.

Ducharme, Andrée

L’élément déclencheur de ma prise de conscience du « deuil » que je DEVAIS boucler m’a sauté aux yeux le jour où j’ai assisté à la conférence de M. Bertrand Lefebvre. Ce conférencier, qui est aussi conseiller à la ville de Mascouche, nous parlait de son parcours d’immigrant, de sa surdité et de son bégaiement.

 

 À écouter M. Bertrand Lefebvre, voici le parallèle que j'ai fait ce jour-là. Ce qui semble un petit handicap aux yeux des autres, on le mesure seulement lorsqu’il se matérialise en boulet paralysant au quotidien. J’ai le ressenti de tous les efforts et privations énumérés qu’il avait subi …. Oh que oui! Subi et pourtant, cet homme-là a trouvé comment composer avec ce grand défi grâce à ses efforts continus pour construire sa normalité au quotidien! Non seulement il semble heureux, épanoui, optimiste mais, il est UTILE à sa famille et à sa ville Exemplaire! Alors que moi, j’ai de plus en plus le sentiment que je ne suis plus utile dans ce monde…

 

Jeune retraitée depuis quelque mois enfin, je profite de la vie! Un matin, je descends les escaliers de ma maison et je perds pieds! Je déboule un étage de marches en chêne et je me retrouve inconsciente en bas de l’escalier! Au bout de quelque temps, je me réveille avec d’importantes douleurs à l’épaule, au cou et à l’occiput avec un grand problème d’équilibre. Plus tard, les examens révèlent un traumatisme crânien moyen-léger sans saignement. « Chanceuse! » c’est ce que tout le monde me disait… Alors, je passe en accéléré les traitements de physiothérapie, d’ostéothérapie, des infiltrations de cortisone et de l’accompagnement via le CRDP Le Bouclier avec supervision des exercices en ligne « Happy neurones ». Belle récupération. Plusieurs mois plus tard, « en théorie », je suis guérie. Et pourtant, ce n’est pas comme avant! Il m’arrive encore de ne pas comprendre et je semble absente par moment. Heureusement, ma soeur est audiologiste et soupçonne quelque chose… Elle vérifie alors mon audition. Elle a raison! Les tests ont révélé une perte auditive. Étant donné le contexte et la perte d’équilibre encore fragile, j’ai consulté et passé d’autres tests sous les instructions du Docteur Saliba. Il me conseille d’attendre quelque mois pour s’assurer que la guérison soit à maturité et, par la suite, refaire les tests d’audition. Mon audioprothésiste ajuste et réajuste maintes fois mes aides auditives… Je dois alors faire l’effort d’apprivoiser progressivement ma nouvelle réalité.

 

Par l’humour, ma famille essaye de minimiser le handicap en comparaison avec tout le chemin que j’avais parcouru jusqu’à ce jour. À mon insu, ma perte d’intérêt et la peur d’être inutile se cristallisent. Ma motivation est surtout de garder le contact avec mes petits-enfants dont la petite dernière avec sa petite voix claire et un débit rapide. Je ne comprends rien sans mes aides auditives. Les réunions bruyantes en grand groupe demeurent un casse-tête mais, le confinement dû à la Covid-19 m’a fait comprendre que le calme en permanence est abrutissant. En réalité, je m’efforce d’augmenter mon endurance au bruit. Un dimanche, je suis allée aux Galeries Joliette où il y avait des kiosques d’exposants de commerçants et divers organismes. C’était bruyant avec beaucoup de personnes. Étourdissant! Le hasard m’a conduit au Kiosque de l’ADSMQ où la souriante Valérie Blondin - Demers m’a accueillie et vendue une carte de membre. La première activité à laquelle j’ai participé à l’ADSMQ est cette conférence où M. Lefebvre témoignait.

 

Ma conclusion, ce n’est pas un handicap qui efface le potentiel d’une personne de sa valeur mais, c’est grâce à sa valeur intrinsèque que ressort son potentiel. Faut d’abord « zoomer » ailleurs et voir que tout plein de gens vivent des limites et se réalisent de différentes manières. Lorsqu’une porte se ferme, il y a une fenêtre qui te présente un autre horizon prometteur. Sois positive et avance…

 

L’ADSMQ avec les personnes si humaines que j’y ai rencontrées m’ont redonné le goût de regarder par la fenêtre (si je peux imager), cette quête d’un nouvel horizon m’a été révélée alors que ma sphère de vie avait besoin non seulement de sécurité, mais d’un coup de soleil comme ce joyeux zoom repas du Temps des Fêtes 2020. Merci à Chloé et à tous ceux et celles qui l’ont rendu possible. Bref, Merci d’exister ADSMQ et bonne continuité avec votre doigté pour animer avec chaleur et compétences humaines les rencontres ou ateliers d’aide.